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Toute l’équipe d’Idéo vous souhaite une très bonne année 2021, à la suite d’une année 2020 historique sur de nombreux points. A cette occasion, nous avons souhaité mettre en avant une initiative solidaire et collaborative représentative de nouveaux modèles économiques qui émergent sur les territoires.


Si le plan de relance présenté par le gouvernement est inédit et souhaite mettre en partie l’accent sur l’écologie la cohésion, nombre d’acteurs locaux n’ont pas attendu ce plan pour mettre en œuvre des projets qui les englobent, en y ajoutant une dimension locale. En effet, les 3500 Sociétés Coopératives et Participatives (SCOP) qui ont émergé dans les régions françaises symbolisent le développement d’initiatives solidaires et collaboratives. Elles mettent l’accent sur le principe coopératif* dans les organisations économiques.


C’est notamment le cas du PTCE Construire Solidaire**, situé à Romainville depuis 2020. Cet atelier devient un outil de production au service de projets solidaires. Il devient même un réseau d’entreprises résidentes dans le lieu, qui adhèrent à trois valeurs fondamentales de l’organisation :

  • L’éco-construction (matériaux biosourcés, réemploi/réutilisation)

  • L’hébergement d’urgence et le logement social,

  • Les questions de participation citoyenne (habitat participatif, aménagement participatif de friches, auto-construction accompagnée…)


Comment fonctionne la structure ? Autour d’une seule salariée, Frédérique Debruille, elle est entourée par une cinquantaine de sociétaires bénévoles. Son développement mélange plusieurs enjeux structurants de notre modèle économique et social, entre transition énergétique, éducation populaire et solidarité. L’objectif étant de devenir un lieu vecteur de lien social et de réemploi au travers de formations, des ateliers de sensibilisation, ou encore des chantiers participatifs avec les habitants. Dans cette dynamique, la ville de Romainville décide d’entrer au capital de l’organisation, participant à cette approche solidaire et locale du développement économique. Le Labo de l’ESS est notamment revenu en détail sur ce qui fait l’essence de ce projet***.


La Scop fait aujourd’hui face à un enjeu de pérennisation, afin d’inscrire dans le temps des projets locaux responsables et inclusifs, comme de nombreuses autres entreprises coopératives. Face à ce défi, quelques structures ont développé un réseau partenarial local et réunit de nombreux acteurs.


Un défi d’autant plus intéressant que d’un point de vue économique, les Scop semblent résister mieux à la crise que les entreprises « classiques »****, tout en évitant les mouvements de délocalisations.


Le gouvernement, qui a défendu ardemment la relocalisation des entreprises et qui a souhaité communiquer autour de son soutien aux régions, n’a pourtant jamais fait du soutien aux Scop une priorité. Or, c’est justement un soutien politique qui serait nécessaire à l’installation et à la pérennisation de SCOP.


Quelques propositions intéressantes ont ainsi émergé de la part de ses acteurs au moment du plan de relance, à l’instar de gestes fiscaux lorsque des entreprises conventionnelles se transformaient en coopérative ou encore de la création d’un fonds dédié à la reprise en coopérative. Autant de pistes qu’il faut continuer à creuser.




*https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9claration_sur_l%27identit%C3%A9_coop%C3%A9rative


**https://www.construire-solidaire.fr


***http://www.lelabo-ess.org/initiative-ptce-construire-solidaire.html?fbclid=IwAR1mY1YVVLnWZfRvYWiqMxzBHljkqczJH5O95TJfVqaS7SMs3-6Xix_moSY


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https://www.researchgate.net/publication/330505542_Les_enjeux_de_la_transformation_cooperative_analyse_d%27un_cas_sectoriel_de_reprise_en_SCOP


  • Idéo

Mis à jour : janv. 13

En France, plus de la moitié de la population vit en dehors des grands centres urbains. Malheureusement, la jeunesse des zones rurales, petites villes ou zones pavillonnaires est trop souvent oubliée des débats. Leurs problématiques sont pourtant multiples : manque d'information, mobilité limitée, difficulté pour accéder à internet, absence de réseaux d’acteurs favorisant leur parcours.

C’est ainsi que dans les régions de la France périphérique, la population active diminue, à un rythme beaucoup plus important que dans les grandes Métropoles.


Pour lutter contre ce qui peut paraître comme une fatalité, l’association Chemins d'avenirs, fondée par Salomé Berlioux, accompagne les jeunes des zones rurales partout en France. Quand elle s’est lancée en 2016, 23% des jeunes de moins de 20 ans vivaient dans des territoires isolés. En y additionnant ceux qui vivent dans les petites villes, cette situation concernait 10 millions de jeunes.

Les objectifs pour répondre à cette situation sont clairement identifiés : rendre les jeunes plus libres de leurs décisions et de leurs mouvements. Plus simplement, il s’agit de leur laisser le choix pour l’avenir, quelle que soit l’orientation choisie. Les actions sont organisées autour de trois leviers : informer, accompagner et promouvoir. Afin d’assurer une cohérence dans leur parcours, tout leur écosystème est associé, de l’Éducation nationale aux familles, jusqu’aux entreprises.


A travers un soutien personnalisé, souvent incarné par un parrain, Chemins d’avenirs a ainsi pu faire bénéficier 1.500 jeunes du dispositif pour l'année scolaire 2020-2021.


Cette action ne peut être menée par l’association seule, les politiques locales et nationales pourraient participer à la généralisation de ce type d'accompagnement. Dans son rapport Restaurer la promesse républicaine*, publié en mars 2020, l’association établit des préconisations autour de 4 axes et 25 préconisations. Parmi les enjeux présentés :

  • La représentation des jeunes des territoires ruraux et petites villes par le développement d’indicateurs adaptés pour mieux orienter les politiques publiques.

  • La mobilité par la mise en place, entre autres, d’une dotation financière individuelle accessible à l’âge de 18 ans. Cela permettrait aux jeunes éloignés des métropoles de contourner l’obstacle financier que présente l’installation dans une grande ville.

  • Le maillage territorial par des actions telles que la proposition de 30 000 stages destinés aux élèves de 3ème des zones rurales.

Cette initiative nous rappelle l’importance de maintenir nos efforts pour soutenir ces zones depuis longtemps délaissées. L’accès à la culture, à des postes d’avenir ou plus largement, à tout ce qui permet aux jeunes de s’épanouir, reste un combat pour beaucoup, notamment dans cette France dite périphérique.

La crise du Covid-19 accentuant ces inégalités entre la France périphérique et la France des grandes métropoles, les perspectives en terme d’orientation, comme nous le rappelle Salomé Berlioux, peuvent être rapidement remises en cause. Pas de job étudiant signifie pas de logement, et pas de fac car elles sont souvent trop éloignées du domicile familial dans ces territoires.


Le gouvernement a annoncé de nouvelles aides à destination des jeunes la semaine dernière, cette population étant particulièrement frappée par la précarité due à la crise. Mais il s’agit ici de mesures trop faibles et ponctuelles pour provoquer un changement important. C’est un plan global, tourné vers l’avenir que toute la jeunesse attend.


Les chiffres sont édifiants : les aires urbaines de plus de 500 000 habitants comptent 26,9 % de diplômés du supérieur (25-55 ans), contre seulement 9,5% pour celles de 20 000 à 100 000 habitants. Une situation en partie due au niveau d’accompagnement. Le 13 avril dernier, le Président de la République nous disait : “Nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons des jours heureux”, la jeunesse les attend et ils ne pourront se construire sans elle.

*Mission orientation et égalité des chances dans la France des zones rurales et des petites villes, Restaurer la promesse républicaine. Salomé Berlioux, 5 mars 2020.

  • Idéo

Le 29 octobre dernier, nous apprenions avec horreur qu’un nouvel attentat avait été commis à Nice. L’assaillant, d'origine tunisienne, était arrivé en France depuis l’île italienne de Lampedusa, un point de passage important pour les migrants voulant rejoindre l’Europe depuis le Maghreb. Ce nouvel acte terroriste a renouvelé les discours haineux et médisants concernant l’ensemble des migrants. Dans ce climat de tension, que la crise sanitaire vient à envenimer, les migrants sont souvent stigmatisés par les populations locales.


A Pessat-Villeneuve, petite commune de 650 habitants dans le Puy-de-dôme, le maire vient d'accueillir pour une nouvelle fois des dizaines de personnes dans son centre d’accueil et d'orientation. Depuis 2015, la mairie offre son hospitalité à des migrants (majoritairement d’origine Africaine) et des réfugiés* depuis 2019. En 5 ans, plus de 519 personnes ont été accueillies. Au lancement de cette initiative, le maire Gérard Dubois a été violemment confronté à la peur et à la colère de ses habitants. Il raconte avoir reçu 200 appels téléphoniques le jour de l'arrivée du premier car en provenance de Calais. Viols, saccages, incendies criminels, détritus, les craintes sont nombreuses et ce n’est qu’au prix de dialogues, de concertations et de la confiance entre citoyens et pouvoir public que le projet a pu continuer.


Le centre d’accueil propose aux nouveaux venus des cours de français, une aide à la recherche d’emploi, un accompagnement dans les démarches administratives, dans l’accès aux soins, pour la recherche d’un logement, la gestion d’un budget, la scolarisation des enfants. L’objectif : favoriser l’intégration sur le territoire de ces futurs habitants. L'acclimatation a dû se faire des deux côtés, et c’est toute la communauté qui a appris à vivre avec de nouveaux voisins, à la culture et à l’histoire radicalement différentes. Les bénévoles se sont faits chaque année plus nombreux et les craintes se sont peu à peu effacées. Aujourd'hui 70 réfugiés travaillent sur le territoire, majoritairement dans le secteur agricole.


La réaction des habitants de Pessat-Villeneuve n’est pas surprenante. L’accueil de migrants est souvent synonyme de protestation de la population locale, notamment due aux stéréotypes qui ont la peau dure et qu’il convient de mettre au clair.


Le déferlement d’une vague migratoire en Europe et en France.

Dans les faits, le nombre de demandeurs d’asile a augmenté entre 2010 et 2019**, notamment dû aux différents conflits en Irak, Syrie, Libye et Erythrée. En France, ils ne représentaient en 2017 que 4,6% de la population, soit moins que la moyenne de l’Union européenne (6%) - tout en sachant que 85% des migrations des populations africaines transitent à l'intérieur du continent africain


L’insécurité et la délinquance

Les étrangers appartiennent majoritairement aux milieux populaires précarisés, les délits et crimes pour lesquels ils sont jugés relèvent d’une “délinquance de miséreux”*** : vols à la tire et à l’étalage, revente de drogues, bagarre et parfois meurtre. Ils sont une majorité à faire face à une précarité sociale et économique. La source de la délinquance ne relève donc pas de la culture des immigrés, mais bien des conditions économiques et sociales au sein desquelles ils baignent en Europe, et qui incitent tout autant Français ou étranger à commettre des actes délictueux.


Les immigrés profitent du système.

Sur ce point, il nous faut préciser que les migrants et les demandeurs d’asile ne peuvent bénéficier du RSA ou de l’allocation familiale. Il faut pour cela avoir le statut de réfugié et avoir donc été reconnu légalement comme ne pouvant retourner dans son pays sans être persécuté. Les réfugiés touchent alors l'ADA : l’Aide aux Demandeurs d’Asile, qui représente un montant journalier de 8,40 euros, soit 252 euros mensuels.


Ils viennent alimenter le terrorisme.

Depuis 2011, l’Allemagne a connu moins d’attentat et moins de victimes que la France. Elle a pourtant accueilli plus d’un million de migrants en 2015 lorsque nous en acceptions 200 000****. De plus, 22 des 30 derniers auteurs d'attaque mortelle en France étaient de nationalité française. Il paraît donc assez difficile d’établir un lien de corrélation direct entre l’augmentation du nombre de migrants et l’augmentation du nombre d'attentats.


Voici quelques-unes des principales idées reçues que l’on peut retrouver à l’encontre des migrants et qui, quand elles sont relayées par certains médias et partis politiques, font le jeu des mouvements nationalistes.


La crise sanitaire de la COVID-19 nous a déjà démontré l’importance des professions occupées en grande partie par des travailleurs étrangers° : les transports, l'agriculture, à l'hôpital ou dans les métiers de la propreté par exemple. Pour des pays vieillissant comme le nôtre, les immigrés sont aussi une aubaine pour faire face au ralentissement de notre économie°°, sans compter l’apport positif que peut avoir l’immigration étudiante et professionnelle.


Il n’est pas nécessaire de se limiter aux arguments purement pragmatiques dans l'accueil des ces personnes exilées. Commençons par nous mettre à leur place, et faisons un peu plus preuve de tolérance, d'empathie. Certains nous montrent déjà l’exemple : à Pessat-Villeneuve pendant le confinement, un immigré Afghan de 23 ans a cousu 700 masques pour la collectivité.







* Les migrants quittent leur pays pour améliorer leurs conditions de vie ou pour des raisons familiales. Ils peuvent en principe retourner dans leur pays à tout moment.

Les demandeurs d’asiles sont des migrants ayant fait une demande d’asile La procédure permet de déterminer si elles doivent obtenir ou non l’asile

Les réfugiés ne peuvent pas retourner dans leur pays d’origine sans courir de risques majeurs pour leur vie ou leur intégrité. Ce sont des demandeurs d’asiles a qui ont a reconnu le statut de réfugiés.


**https://www.latribune.fr/economie/international/europe-et-choc-migratoire-2011-2020-les-etonnants-chiffres-qui-dejouent-les-prejuges-855921.html#:~:text=Un%20quart%20des%20migrants%20ont,39.800%20arriv%C3%A9es%20dans%20l'UE.


*** https://www.erudit.org/fr/revues/crimino/2003-v36-n2-crimino701/007865ar/

**** https://www.insee.fr/fr/statistiques/3633212


° https://www.ifri.org/fr/publications/editoriaux-de-lifri/migrations-covid-19-un-quitte-double-leurope#:~:text=Cependant%2C%20un%20autre%20sc%C3%A9nario%20est,les%20transports%2C%20l'agriculture.


°°https://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/04/09/97002-20180409FILWWW00190-le-fmi-encourage-les-pays-developpes-a-recourir-a-l-immigration.php