Ça chôme pas !

L’association « Territoires zéro chômeur de longue durée » (TZLCD) a été créée en octobre 2016 et portée par ATD Quart Monde en partenariat avec le Secours Catholique, Emmaüs France, Vers le Pacte civique et la Fédération des acteurs de la solidarité. L’objectif de cette initiative : montrer qu’il est possible, à l’échelle territoriale, de proposer à tout chômeur de longue durée qui le souhaite, un emploi à durée indéterminée à “temps choisi” en développant des activités utiles pour la société.

Un dispositif renforcé le 13 octobre dernier après son adoption par le Sénat suite à la proposition de la majorité présidentielle de passer ce dispositif initié en 2017, de 10 territoires d’expérimentation à 60, et pour une durée prolongée de 5 ans.


Plus précisément, l’association, pour fonctionner, utilise les sommes destinées à l'indemnisation du chômage pour créer des entreprise à but d’emploi (EBE) qui recrutent en CDI des chômeurs de longue durée sur des emplois utiles socialement et non-concurrents des emplois existants. Selon les chiffres du gouvernement, il existe aujourd’hui 13 structures employant 820 salariés. Un dispositif efficace qui a un impact direct sur l'humain comme le montre par exemple le film “Nouvelle cordée” de Marie-Monique Robin qui a suivi pendant 3 ans le dispositif dans l’agglomération de Mauléon dans les Deux-Sèvres.


Sur le papier, prolonger un système d’accès à l’emploi qui fonctionne, géré par le milieu associatif et financé par l’Etat, apparaît essentiel. En effet, 2,7 millions de personnes en France sont aujourd’hui éloignées de l’emploi depuis au moins un an.


Et pourtant, la gauche dans son ensemble au Sénat s’est abstenue. Pourquoi ? Comme le souligne une partie de ses dirigeants dans une tribune publiée dans Libération le 13 octobre, c’est une opposition constructive, car ce pari est en passe d’être réussi : parmi les quelques 2 000 personnes entrées dans le dispositif « territoires zéro chômeur de longue durée », plus de 70 % ont retrouvé un emploi.. (...) Et pourtant, ce dispositif fondé sur la confiance aux territoires est menacé du rétablissement d’une double tutelle : tutelle de Pôle emploi sur les personnes privées d’emploi pouvant entrer dans le dispositif ; tutelle des Direccte sur les services pouvant être fournis, ce qui va directement à l’encontre de l’esprit du projet.”


Or, cette initiative est basée sur l’autonomie des territoires et des acteurs locaux, politiques ou associatifs, qui ont la connaissance du terrain et qui sont les plus à même d’avoir une action efficace sur place. C’est une source d’inspiration non-négligeable et dont il faut tenir compte dans l’ensemble des débats, de plus en plus importants sur la décentralisation de l’Etat. Ce dernier doit faire confiance à ses élus de terrain, en lien avec les associations et citoyens car ces derniers peuvent oeuvrer efficacement pour le bien commun. C’est valable ici pour l’emploi, mais c’est également le cas sur de nombreuses questions comme l’écologie ou la lutte contre la précarité. Le citoyen est aussi une source d’innovation dont il faut tenir compte et celle-ci n’est pas que technologique, elle peut être sociale comme nous le prouve chaque jour les nombreuses initiatives issues de l’économie sociale et solidaire.


Cette question de l’emploi pose enfin la question du temps de travail que la gauche doit reprendre à bras-le-corps comme elle l’a fait pour les 35 heures. Car les problèmes du passé ressurgissent et comme le disait déjà Pierre Mauroy en 1981 : “Face au chômage, la solution de la sagesse, c’est que les travailleurs travaillent moins”. Et si on reparlait vraiment des 32 heures ?