Bloquer les migrants à la frontière, c’est coûteux, inhumain et inefficace !

Les associations comme L’Auberge des Migrants demandent une véritable politique d’accueil des réfugiés et des voies d’accès légales vers la Grande-Bretagne


La situation des migrants bloqués à Calais et Grande-Synthe, plus largement sur toute la frontière franco-britannique, de Dunkerque à la Bretagne-Nord, résulte des politiques menées par l’Europe, la France et la Grande-Bretagne. L’Europe a signé des accords avec la Turquie, avec des groupes armés libyens et d’autres gouvernements, comme le Maroc, pour retenir, et renvoyer vers leurs pays d’origine, les migrants présents chez eux. Malgré tout, des milliers de migrants réussissent à entrer en Europe continentale, par la Méditerranée notamment. A cette étape, l’Europe tente de les bloquer, dans les îles grecques surtout, et ne s’oppose nullement aux barrières établies sur la route des migrants souhaitant quitter l’Europe du Sud (Grèce, Italie, Bulgarie…) pour l’Europe du Nord et de l’Ouest.


C’est le cas de la France, qui tente de bloquer ses frontières avec l’Italie et l’Espagne. Une fois passés en France, les migrants continuent leur route vers l’Europe du Nord, ou cherchent à obtenir la protection de notre pays à travers une demande d’asile, ou encore tentent de rejoindre le Royaume-Uni. Les candidats à la traversée de la Manche ont ainsi trois motivations principales :


  • Soit c’est leur projet initial : ils parlent anglais, sont de culture britannique, ont de la famille ou des amis au Royaume-Uni, et savent qu’il sera plus facile d’y demander l’asile, ou de se fondre dans les grandes villes, en bénéficiant de l’aide de leur communauté et des besoins en main-d’œuvre, dans la restauration, le commerce ou le bâtiment. Souvent, ces personnes ont également mal vécu le non-accueil de la France, et ne souhaitent pas y demander l’asile.

  • Le deuxième groupe est constitué des déboutés du droit d’asile, rejetés par l’Allemagne ou les pays d’Europe du Nord, et qui tentent leur chance en Grande-Bretagne.

  • Enfin, les « dublinés », qui auraient pu demander la protection de la France ou d’un autre pays européen, mais qui, ayant laissé leurs empreintes digitales dans le pays d’entrée y risquent d’être renvoyés au titre des « accords Dublin ».


Frontière bloquée


Pour entrer au Royaume-Uni, les migrants doivent surmonter les obstacles mis sur leur route. Depuis plus de 20 ans, les ports sont de plus en plus inaccessibles, du fait des murs et grillages, des caméras et des projecteurs, des contrôles technologiques ou par chien sur les véhicules, et des dispositifs policiers considérables. Ces dispositifs de blocage ont été mis en place et financés conjointement par la France et la Grande-Bretagne, notamment dans le cadre des Accords du Touquet, qui ont transféré de fait la frontière britannique dans les ports français. La France bloque la frontière pour le compte des Britanniques, car la Grande-Bretagne est un partenaire économique fondamental, que ce soit en matière de coopération industrielle (nucléaire, armement…) ou sur le plan des débouchés commerciaux. Le marché britannique est en effet important pour l’industrie française (aviation, automobile, agro-alimentaire, etc.). Il serait aisé pour les Britanniques d’entamer des mesures de rétorsion dans le cas où un gouvernement français s’aviserait d’ouvrir la frontière.


Survivre à Calais


Depuis la destruction en octobre 2016 de la « grande jungle », qui abritait plus de 10 000 habitants, l’action du gouvernement consiste à tenter de décourager les 300 à 600 migrants présents dans le Calaisis d’y rester. Cela passe par la destruction quotidienne des biens des migrants, tentes, couvertures, affaires personnelles souvent, des arrestations et mises en rétention constantes, des pressions policières fortes, avec violences et insultes.


Dans ce contexte, les conditions de vie des migrants sont terribles. Leur survie dépend essentiellement de l’aide des associations humanitaires. La plus importante est L’Auberge des Migrants, créée en 2008, qui, avec ses partenaires, 6 associations britanniques et les Français d’Utopia 56, distribue repas, eau, vêtements, produits d’hygiène, etc., à Calais, Grande-Synthe et Bruxelles. Elle communique en direction des médias et du grand public, dénonce la politique du gouvernement, surveille les activités des forces de l’ordre (Human Rights Observers), et avec d’autres associations et grandes O.N.G, va en Justice pour exiger de l’Etat qu’il respecte le droit national et international en matière d’accueil des réfugiés.


La politique du gouvernement français de blocage de la frontière est coûteuse, inhumaine et inefficace, et largement illégale. C’est pourquoi nous proposons plusieurs solutions à cette crise humaine, sans elles, nous allons droits dans le mur :


  • Sans délais et sans conditions, la mise à l’abri des personnes à la rue dans des centres d’accueil de dimension humaine, où puisse leur être délivrée une information sur le droit d’asile ici et ailleurs en Europe

  • La fin des violences étatiques et du harcèlement des bénévoles qui aident les exilés dans le besoin

  • La suppression des mesures « Dublin » qui obligent les personnes à demander l’asile dans le pays d’entrée, alors que ces pays n’ont pas les moyens de tous les accueillir

  • Une répartition équitable des migrants sur le territoire de l'Union Européenne

  • Un traitement plus généreux des demandes d’asile en France

  • L’ouverture de voies d’accès légales vers la Grande-Bretagne, permettant le démantèlement des murs, barbelés, grillages et autres dispositifs hideux de blocage de la frontière