De l'eau

L’accès à une eau de qualité est un besoin primaire et un droit fondamental. 

Cependant, en France métropolitaine, 1,4 million de personnes* n’auraient toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité, au sens des trois critères suivants :

  • Une eau disponible, à proximité immédiate du domicile ;

  • Une eau accessible au moment où on en a besoin ;

  • Une eau sans contamination, à l’arsenic ou au fluor.

À Bordeaux, des centaines de personnes, souvent mal logées, souffrent d’un manque d’accès à cette ressource vitale. Une étude menée par le collectif Bordeaux Maintenant a révélé que plus de 50% des points d’eau référencés de la ville étaient hors service, inaccessibles ou introuvables.

C’est dans ce contexte, ainsi qu’en réponse à la crise sanitaire et sociale, que le Collectif “Les Gratuits” a lancé l’opération "Urgence EAU Bordeaux", dont l’objectif était de collecter un maximum de bouteilles d’eau et de gourdes, ensuite distribuées aux personnes dans le besoin dans la ville et sa métropole. 

Une opération bienvenue et reconnue puisque pour la première édition, en 7h, les bénévoles ont pu collecter assez d’eau pour couvrir 700 besoins journaliers. Plusieurs élus se sont également rendus au point de collecte, dont l'adjointe chargée de l’assainissement de l’eau, afin d’échanger avec les membres de l’association. Cette action de sensibilisation et une discussion avec les autorités locales ont permis à la quasi-totalité des fontaines d’être remises en état, notamment grâce à la nouvelle majorité écologiste.

La mobilisation de l’association pose la question, plus largement, de l’accessibilité à l’eau. Cette problématique devient centrale. Les municipalités en ont conscience et se posent depuis de nombreuses années la question de la responsabilité de la gestion locale de l’eau, essentielle afin d’assurer à la fois un réseau optimal de cette ressource et sa réutilisation, grâce à son traitement. 

À Bordeaux, si la métropole est en contrat avec une filiale de Veolia, la responsabilité de l’entretien des fontaines reviendrait néanmoins à la ville. Une double gouvernance qui interroge et qui pourrait amener chaque acteur à se défausser de ses responsabilités. 

Il existe aujourd’hui 3 principaux modes de gestion en France :

  • Gestion directe ou régie : la commune assure la responsabilité complète des investissements et du fonctionnement des services des eaux, ainsi que des relations avec les usagers ;

  • Gestion déléguée : la collectivité délègue la gestion de tout ou partie du service d’eau à une entreprise industrielle publique ou privée, dans le cadre de contrats dont la durée est pré-déterminée ;

  • Gestion mixte : il existe des situations intermédiaires entre régie et gestion déléguée. Par exemple, la collectivité peut exploiter elle-même les ouvrages de production d'eau potable et en déléguer seulement la distribution.

Le modèle de gestion déléguée à une entreprise privée, aujourd’hui largement pratiqué, a fait se multiplier les polémiques autour de la gestion de l’eau par les grands groupes. Des conflits d’intérêts apparaissent pour le gain de ces marchés publics, générant par la suite augmentations de prix et pratiques abusives.

La gestion publique de l’eau, sérieuse et organisée, s’est révélée un succès dans de nombreux cas. La régie publique Eau de Paris, par exemple, n’a cessé d’innover après avoir repris le contrôle de la distribution de l’eau dans la capitale, longtemps déléguée au privé. Grâce à une politique globale tenant compte des attentes des usagers et des acteurs territoriaux, le prix de l’eau a baissé de 8% pour tous**. Sa gouvernance ouverte aux citoyens et transparente a mis fin aux conflits d’intérêts entre élus et acteurs du privé. Des actions ont également été menées au bénéfice des SDF et des occupants de logements sans droit ni titre.

C’est pourquoi nous ne devons plus attendre pour nous tourner vers ce type de gestion et remettre, par la même occasion, l’accessibilité et le traitement durable des eaux au centre de nos actions. Un bien commun ne doit-il pas être géré par une structure publique, garante de l’intérêt général ?  

Cette semaine, la température atteint de nouveau les 35°C dans certaines régions de France ; ce qui exposera les personnes en situation de précarité à la déshydratation. Les épisodes caniculaires étant amenés à se multiplier, il devient urgent de faire les bons choix.

*données issus du « Joint Monitoring Programme » de l’OMS et l’UNICEF, Juin 2019

** La gestion publique de l’eau : l’invention d’un nouveau modèle ? Colloque France Eau Publique en partenariat avec la mairie de Paris, 2013