Egalité femmes-hommes : une exigence démocratique

Combien de lois, de décrets et d’ordonnances pour tenter d’instaurer une égalité entre les femmes et les hommes.  Même la constitution, à travers son préambule de 1946, dispose que "la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme”. En France, les femmes ont obtenu le droit de vote en 1944. En 1965, elles ont pu ouvrir librement un compte en banque. Leur droit à maîtriser leur fécondité, condition indispensable à leur autonomie, a seulement été reconnu en 1975. Et il a fallu attendre 1983 pour la reconnaissance de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. On peine à imaginer que dans la patrie des droits de l’Homme et du citoyen, les femmes aient dû autant lutter et attendre pour revendiquer leur égalité avec les hommes. Egalité femmes-hommes : une exigence démocratique


Ce combat pour l’égalité, plusieurs femmes l’ont principalement incarné. Dès 1949, Simone de Beauvoir soulignait qu’« on ne naît pas femme : on le devient ». Comme le rappelait par ailleurs Gisèle Halimi, « naître femme, [c’est] faire partie de cette moitié de l’humanité, qui jusqu’à sa mort, subira toutes les discriminations ». L’universalité de nos principes ne résiste pas à la réalité du vécu des femmes. De Beauvoir, encore, le résumait ainsi : « La femme se détermine et se différencie par rapport à l’homme et non celui-ci par rapport à elle ; elle est l’inessentiel en face de l’essentiel. Il est le sujet, il est l’Absolu : elle est l’Autre ». Sans mentionner d’autres grandes figure de la lutte féministe, à l’instar de Simone Veil.


Le combat doit se poursuivre, car comme les chiffres le montrent, des inégalités persistent. Sur le plan démographique, les femmes composent 51,5 % de la population française. Mais sur le plan politique, elles n’étaient que 38,7 % des députés en 2017. Sur le plan économique, les femmes touchent, en moyenne, un salaire de 24 % inférieur aux hommes, et une seule femme occupe la direction d’une entreprise du CAC 40. Quant aux tâches domestiques, elles sont réalisées à 72 % par les femmes. On pourrait aligner de trop nombreux indicateurs pour illustrer une société qui néglige encore la moitié de ses membres. Et c’est bien le problème : l’égalité femmes - hommes est bien souvent réduite à une longue liste de statistiques qu’il faut corriger.


La situation a-t-elle réellement changé en 2021 ? Si ce combat est d’actualité et tente désormais d'articuler les discriminations liées au genre, à celles liées à l’identité ou à la sexualité, les hashtags #MeToo et #MeTooInceste ont mis en lumière une réalité encore trop sous-estimée : la prédominance — consciente ou non — d’un patriarcat et des violences qui l'accompagnent. Cette forme d’organisation sociale instaure des rapports sociaux hiérarchisés aux ramifications complexes. Cette catégorisation binaire, qui continue de régir nos vies, refuse cette pleine diversité.


Il y a pourtant matière à garder espoir : nous vivons un tournant majeur, avec de très nombreuses formes de mobilisations qui surgissent de partout dans le monde. La domination masculine tend à se fissurer : la question de l’égalité des sexes serait enfin devenue « un sujet important » pour 80 % des personnes interrogées dans 17 pays, dans le cadre de l’étude publiée par Focus 2030 et Women Deliver, à la veille de l’une des plus grandes conférences jamais organisée depuis 25 ans sur l’égalité femmes-hommes : le Forum Génération Égalité (FGE).


Il faut maintenant considérer la lutte pour l’égalité Femmes-Hommes comme un sujet global, qu’on ne peut plus traiter au cas par cas selon les secteurs. A ce titre, l’évolution la plus notable ces dernières années est la loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes. Elle a notamment permis de traiter de l'égalité Femmes-Hommes selon une approche intégrée et de manière transversale, en l'abordant dans la sphère privée, professionnelle et publique.


Car la loi est bien un outil d’encadrement indispensable, qui vient accélérer les évolutions des pratiques. Elle est complémentaire à l’évolution des mentalités.





Sources :

*Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe

*Gisèle Halimi, La Cause des femmes, Gallimard, 1992, p. XII

*Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Repères statistiques

*Focus 2030 et Women Deliver, Les aspirations citoyennes en faveur de l’égalité femmes-hommes dans le monde : une volonté de changement, janvier 2021