Jamais seul

18h00 en 2021 rime avec couvre-feu. On rentre chez soi, si on a la chance de pouvoir en sortir, ou on y reste après les cours, et une deuxième journée commence. Un appartement, un studio, une chambre qui devient autant un lieu de vie qu’un lieu de travail. On y fait tout et en même temps, on en fait moins, car la possibilité de travailler à côté de ses études pour joindre les deux bouts est quasiment impossible avec cette crise. En plus de l’isolement, nos étudiants connaissent également la précarité qui s’accentue, en témoigne les fils d’attente pour les distributions alimentaires que l’on a pu voir, notamment à Paris, ou plus concrètement en lisant les chiffres : avant la crise, 20% des étudiants vivaient déjà sous le seuil de pauvreté selon l’INSEE. Quand on lit cela, et que l’on regarde la situation actuelle, la perspective des “jours heureux” semble s’éloigner pour notre jeunesse.

A Pau, l'association La Navette étudiante décide de prendre les choses en main. Cette association, créée en 2016 et destinée aux étudiants a été dans un premier temps dédiée aux questions de la mobilité, question cruciale pour les territoires périurbains et ruraux. Plusieurs initiatives existent donc à destination de la jeunesse, comme la Navette Jeudi FACile ou encore la Navette Concours qui leur permet de se déplacer pour 1 euro. Mais avec la situation actuelle, l’association décide d’élargir son champ d’action.

En effet, si faciliter la mobilité des étudiants était déjà une manière de lutter contre leur isolement, ici on va plus loin avec l’initiative Repas partagé. Le principe est simple : “une famille ou un habitant de Pau ou de l'agglomération invite un(e) étudiant(e) à domicile pour partager le repas du midi (ou du soir lorsque le couvre-feu sera levé !)”*. Un dispositif essentiel quand on sait la situation préoccupante de nombreux étudiants dans une agglomération qui compte environ 13.000 étudiants, dont 1.600 étudiants étrangers. Aujourd’hui, ce sont près de 200 familles qui se sont portées volontaires pour venir en aide à la cinquantaine d’étudiants qui se sont inscrits.

Et même si aujourd’hui Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation annonce comme pour l’année 2020, un gel des droits d’inscription et des loyers en résidence CROUS, cela ne suffit pas en comparaison des sacrifices que l’on demande.

La solution proposée par La Navette étudiante comme le #PartagerLeRepas sont aujourd’hui symboliques d’une nécessaire solidarité envers les plus jeunes, comme ce fut le cas envers les agriculteurs ou les plus âgés durant le premier confinement. Elle est aussi la conséquence d’un désintérêt et d’un manque de considération dans les solutions gouvernementales.

Pour y répondre, quelques solutions peuvent apparaître pertinentes, par exemple sur le plan financier avec l’instauration d’un RSA pour les moins de 25 ans, ou la mise en place d’un minimum jeunesse. Ce débat a notamment été porté par la gauche à l’Assemblée nationale récemment. « Il y a un minimum vieillesse, il doit y avoir un minimum jeunesse », confiait Boris Vallaud, député PS des Landes, le mercredi 17 février.

Au-delà de l’aspect financier, la place pour les espaces d’échanges, sans visée économique est un besoin essentiel. A ce titre, les nombreux tiers-lieux sur notre territoire illustrent parfaitement cette dynamique. Ils sont aujourd’hui des espaces de partage et de (re)création de liens sociaux, tout en étant conscient de la situation sanitaire, en respectant l’ensemble des mesures nécessaires et des gestes barrières.

* Pour s’inscrire il suffit de donner ses coordonnées et ses disponibilités à l’adresse suivante et l’association vous contactera : mobilites@associationlanavetteetudiantedepau.fr