Le premier revenu minimum local est à Grande-Synthe



Grande-Synthe, Hauts de France, vous pensez qu’on va vous parler de la désindustrialisation ? De la crise des migrants ? Non ! Cette ville de 23 000 habitants proche de Dunkerque est un véritable laboratoire d’idées, et une source d’inspiration pour les écologistes. Celle-ci a notamment mis en place plusieurs projets expérimentaux qui en font une commune novatrice en France : un éco-quartier, une ferme urbaine, des jardins partagés et le titre de capitale de la biodiversité en 2010… Malgré cette politique répondant à de nombreux enjeux de développement durable, le territoire souffre toujours d’un problème de précarité. Ce dernier est notamment lié à la crise du secteur sidérurgique, avec un taux de chômage de 28%, et 17,6% des foyers qui vivent sous le seuil de pauvreté.


Dans ce contexte, l’ancien maire écologiste et actuel député européen, Damien Carême, lance en avril dernier le Minimum Social Garanti (ou MSG). Ironie de l‘histoire, l’Assemblée Nationale refusait dans le même temps une proposition de loi sur un revenu de base soutenue par treize départements de gauche. Le MSG est un revenu complémentaire au revenu du ménage de 855€ (au maximum) pour une personne seule, éventuellement reconductible au bout de 6 mois. En contrepartie, les bénéficiaires doivent s’engager dans un processus d’accompagnement social individualisé. Ils doivent définir au préalable un projet fléchant les dépenses, dont le respect est vérifié mensuellement lors d’un rendez-vous avec un travailleur social.


A ce jour, ce sont déjà 473 familles qui ont bénéficié de ce dispositif inédit en France. Cette expérimentation est une source d’inspiration pour de nombreux maires qui souhaitent l’inclure à leur programme en vue des prochaines élections municipales.

Fervent défenseur du revenu universel, l’ancien maire a dû s’adapter d’une part à la loi, pour que cette aide ne se substitue pas aux autres, mais aussi aux baisses des dotations de l’Etat, pour financer le projet. Ainsi, sur les 1,2 millions d’euros nécessaires au financement de la mesure, 40% proviennent par exemple de la modification de l’éclairage public, permettant par la même occasion d’importantes économies d’énergie.


Cette démarche est un réel indicateur de l’impact des collectivités sur le quotidien des citoyens. En effet, les récentes réformes territoriales combinent l’élargissement des compétences des collectivités et la baisse de leurs budgets. Une équation difficile que la commune de Grande Synthe a réussi à résoudre.

Elle propose ainsi une solution concrète pour réinventer la vision au coeur de la construction des politiques publiques : mettre les ressources disponibles au service du bien-être des citoyens, tout en créant les conditions de suivi assurant la confiance dans le fléchage des dépenses. Une véritable décision politique locale basée à la fois sur une logique écologique et redistributive.


Une logique écologique car ce soutien aux personnes les plus précaires peut être assuré en réalisant des économies grâce à la mise en place de solutions écologiques. Cette véritable politique en faveur du développement durable correspond à la définition de 1987 de Gro Harlem Brundtland, Première Ministre norvégienne « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Le Minimum Social Garanti agrège les enjeux liés au climat mais également à la lutte contre les inégalités au sens large.


Une logique redistributive car le secteur public vient pallier la précarité instaurée par un modèle capitalistique, laissant sur le côté certains territoires ou certaines populations. L’objectif ici est de tout mettre en œuvre pour éradiquer la pauvreté, redonner de la dignité aux personnes les plus fragilisées mais aussi améliorer le “pouvoir de vivre”, le quotidien des habitants.


Grande-Synthe montre l'exemple et définit une économie du partage qui pourrait devenir la norme de nos sociétés.


“Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté, doit commencer par leur garantir l'existence.”


Léon Blum