Lormes, une "petite ville du futur"

La vie « à la campagne » est au centre d’un constat pour le moins paradoxale : 80% des français pensent que vivre en ruralité est l’idéal mais les possibilités offertes pour quitter l’espace urbain sont très limitées.


Les 200 propositions pour la ruralité présentées dernièrement montrent à quel point ce sont les territoires eux-mêmes qui sont la source principale pour mettre en place des réformes et activer la redynamisation attendue par les populations actuelles et à venir des espaces ruraux.


Les communes, lieux de vie jusqu’alors laissés pour compte, sont des acteurs particulièrement pertinents pour une nouvelle façon d’envisager le développement local où la volonté des habitants vient bousculer les enjeux purement économiques, cause de la concentration urbaine ; cette quête sans cesse menée et jamais terminée.


A Lormes, commune de 1400 habitants dans la Nièvre et au cœur du Morvan, cela fait quelques années maintenant que nous avons fait le choix de devenir « petite ville du futur ». Au-delà du slogan, c’est d’un processus global de redynamisation territorial dont la commune toute entière s’est saisie.


Grâce au programme « villages du futur » animé par le Pays Nivernais Morvan, véritable laboratoire d’innovation pour les politiques publiques en milieu rural d’une part, et des constats effectués dans le cadre du « bouclier rural » d’autre part, la question de la vie quotidienne des habitants du territoire de la commune et de ses environs dans des domaines tels que l’accès aux services essentiels, la revitalisation commerciale, la transition écologique, l’agriculture, la santé, l’emploi, les déplacements, l’accompagnement du vieillissement ou l’économie sociale et solidaire est dès lors au cœur de l’action publique. Une démarche participative collective a été engagée. Grâce à elle, une nouvelle manière d’appréhender la mission des élus a vu le jour et a permis d’essaimer l’initiative.


Ainsi, la démarche engagée auprès de 14 communes maintenant, est unique en son genre et s’appuie sur l’intervention des habitants, de designers de services, d’une trentaine d’élus, d’une « Brigade » d’une douzaine d’agents formés pour prototyper ce qui sera mis en test : c’est un sens du concret et de l’audace revendiqué qui s’exprime !


A Lormes, les initiatives sont nombreuses et s'enchaînent au fur et à mesure que les idées naissent, que les envies se formulent. On peut citer de façon non exhaustive : le chantier participatif « Lormes Ocrement », pris en charge par les habitants pour repeindre les volets de la grande rue où des commerces s’installent à nouveau, les fresques peintes par Bertrand Dios, le Wifi en accès libre sur la place de la Mairie, la fibre optique à l’habitant pour le bourg et déjà deux hameaux, les boîtes à don de la déchetterie, les boîtes à livres, la viande 100% circuit court de l’hôpital et le développement de ses services, les déplacements et les coups de mains solidaires avec « faire compagnie » (fairecompagnie.fr), sans oublier le travail d’animation mené par la soixantaine(!) d’associations de la commune.


C’est à Lormes, au cœur du Morvan, que l’on invente la « maison de retraite du futur » où l’on met en avant un lieu de vie collectif pour tous et non un lieu où l’on attend la mort, qui exclut encore plus.


Les projets sont encore nombreux dans des secteurs très variés exprimant ainsi l’appétence du territoire à devenir un pôle d’attractivité rural et permettant à tous d’envisager l’avenir dans des conditions optimales : manufacture collaborative pour les artisans et les artistes, inclusion par le travail avec l’expérimentation territoires zéro chômeur de longue durée ou plan de gestion de la forêt par exemple. Nombre de ces initiatives ont pour origine une volonté affirmée des élus et des habitants d’incarner cet adage local « soit on se plaint, soit on prend les choses en main ».


Petit à petit, on voit que le visage de « la petite ville du futur » change : les lieux, les axes de circulation mais aussi les comportements de consommation, les habitudes de vie et les évènements. Cette démarche montre qu’en ruralité, on peut faire de son lieu de vie, un espace d’innovation qui évolue avec les envies des gens et les opportunités d’une époque où les avancées technologiques doivent être mises au service des habitants.


Nous avons fait collectivement le choix qu’à Lormes, les habitants ne soient pas des « administrés » mais des « administrants ». C’est de la volonté commune que les actes de la redynamisation se mettent en place. Dans ce cadre, on intègre qu’être élu, c’est avant tout envisager son rôle comme celui d’un facilitateur, d’un metteur en scène d’une œuvre dont le scénario est écrit par les habitants de la commune. On ne peut admettre de ceux qui sont en responsabilité, démocratiquement élus, de ne pas chercher à actionner tous les leviers permettant aux richesses territoriales de s’exprimer pleinement pour répondre aux besoins et aux envies des habitants.


Il n’y a pas de fatalité ! les territoires ruraux ont subi des défections mais sont, sans aucun doute, les moteurs d’une nouvelle organisation sociale. En cela nous contribuons à inventer un nouveau modèle pour une nouvelle vie.


Fabien Bazin

Maire de Lormes ( 58140)