Ma cité va craquer ?

Au cours des dernières semaines, les quartiers populaires ont souvent été pointés du doigt pour leur non-respect des mesures de confinement. Un traitement médiatique qui a pu faire ré-émerger le fantasme de “zones de non droit” en raison de leurs supposées “incivilités”. Au-delà de cette vision biaisée, souvent fondée sur des situations isolées, les quartiers populaires ont surtout souffert du manque de service public et de l’abandon des populations les plus fragiles.


C’est face à cette situation de grande précarité qu’à Blois, Marseille ou Clichy-sous-Bois, et partout en France, comme nous avons pu en parler, les habitants se sont organisés pour que la vie continue malgré tout, malgré l’impossibilité de payer son loyer, d’avoir accès aux outils technologiques rendus indispensables, au soins, aux transports ou encore au travail pour de nombreuses personnes aux emplois dits “précaires” ou non-déclarés. Des initiatives salvatrices pour répondre à un confinement plus difficile, avec des situations de précarité extrême.


Ce sont donc les associations et les initiatives personnelles, avec l’aide d’entreprises*, qui se sont chargées d'aider la population : fabrication et distribution de masques, soutien scolaire, mise en place d'un point de vente primeur, distributions alimentaires ou de vêtements.

  • Dans les quartiers Nord de Marseille, c’est par exemple le collectif Maison Blanche qui s’en charge ;

  • À Clichy-sous-bois, le collectif ACELEFEU assure une distribution alimentaire pour les habitants de la commune ;

  • À Blois, plusieurs associations permettent de faire vivre le lien social, dont Le Point utile ou la Maison Bégon, alors que 72% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté dans les quartiers Nord (contre 35% à l'échelle de la commune), et les familles nombreuses sont surreprésentées.


Au-delà des distributions de produits sanitaires ou de la continuité pédagogique, l’initiative de ces organismes a aussi permis de préserver un lien social. Et c’est bien sur ces différents points que la situation interroge, alors que les associations ont pris depuis plusieurs années une place centrale dans la vie des quartiers, en devenant progressivement une nécessité absolue. Cette période accentue donc l’auto-organisation**, déjà très présente et en perpétuelle évolution ces dernières années, pour faire face au désengagement massif de l’Etat depuis de nombreuses années.


Concrètement, les associations étaient 700 000 en 1990, avec 8 millions de bénévoles ; elles sont aujourd’hui 1,5 million, mobilisant 22 millions de bénévoles et employant 1,8 million de salariés***. De l’éducation populaire, en passant par la culture ou encore le sport, ces associations sont diverses et permettent de donner vie à ces quartiers auxquels beaucoup de promesses sont souvent faites, sans jamais être à la hauteur. On peut citer notamment les multiples “plan banlieue” annoncés qui n’ont souvent eu que peu d’impact, à l’instar du projet de Jean-Louis Borloo ou plus récemment de Julien Denormandie.


« Dans les quartiers populaires, pour rêver de l’après, il faudrait déjà que le présent soit décent », écrivent, dans une tribune****, Mohamed Mechmache, membre fondateur du Collectif ACELEFEU, président d’honneur et fondateur du collectif « Pas Sans Nous », et plusieurs chercheurs travaillant sur ces territoires.


Au-delà de grands plans nationaux, qui ont souvent un effet d’annonce plus fort que l’amélioration de la qualité de vie dans ces quartiers, une demande émerge pour une reconnaissance et surtout une association plus forte des habitants à la construction de solutions locales. Les initiatives pour le vivre-ensemble et l’éducation sont nombreuses et doivent être renforcées, tout autant que la connection aux territoires. Les politiques publiques peuvent s’inspirer, valoriser et associer les acteurs des territoires locaux à leurs réflexions sur les thématiques éducatives ou sociales. C’est en partant de la richesse des initiatives et des personnalités que le monde de demain pourra proposer une réelle alternative de société.





* Par exemple H market partenaire du collectif ACLEFEU fait des dons de denrées alimentaires.

**Pour aller plus loin : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-associations-dans-le-monde-d-apres/article/250520/plan-de-relance-post-coronavirus-ignorer-ou-reinventer-l-asso

***Source : https://www.associations.gouv.fr/les-associations-en-france.html

****Voir la tribune : https://www.bastamag.net/quartiers-populaires-detresse-economique-sociale-crise-stigmatisation-politique-d-exception-pouvoir-d-agir-habitants-associations